Kill Switch : un risque du Cloud… que nous acceptons depuis 30 ans ?

Introduction

Lorsque l’on parle de souveraineté numérique, la localisation des données et la protection contre les législations extraterritoriales occupent souvent une place centrale. Pourtant, une autre question mérite tout autant notre attention :

Que se passe-t-il si, demain, le fournisseur d’une technologie critique n’est plus en mesure, ou n’est plus autorisé, à nous fournir ses services ?

C’est derrière cette question que se cache la notion de Kill Switch.

Qu’est-ce qu’un Kill Switch ?

Littéralement, Kill Switch signifie interrupteur d’arrêt ou coupe-circuit. Dans son sens technique classique, notamment avec les VPN, il s’agit d’un mécanisme capable d’interrompre immédiatement une connexion lorsqu’une condition de sécurité n’est plus remplie.

Appliqué à la souveraineté numérique, le concept peut être élargi à une question beaucoup plus stratégique : une infrastructure peut-elle continuer à fonctionner si elle perd l’accès à son fournisseur technologique ?

Il faut alors distinguer deux situations.

Le Kill Switch direct : C’est le scénario du fameux« bouton rouge ». Un système dépend, par exemple, d’un service distant indispensable à son fonctionnement : activation, validation des licences ou autre composant opéré par le fournisseur. La disparition de cette dépendance entraîne alors potentiellement une interruption du service.

Le Kill Switch indirect :Ce scénario est beaucoup moins spectaculaire, mais potentiellement tout aussi important. Le produit continue de fonctionner, mais le fournisseur n’est plus en mesure de fournir certains éléments nécessaires à son maintien dans la durée. L’organisation doit alors se demander combien de temps elle peut conserver son système dans des conditions acceptables.

Et c’est probablement là que se trouve la véritable question de souveraineté :

Combien de temps pouvons-nous continuer à fonctionner sans notre fournisseur ?

Souveraineté de l’exploitation et indépendance technologique

Ce qui demeure particulièrement intéressant, c’est qu’en Europe, la question du Kill Switch apparaît rapidement dès que l’on aborde la souveraineté d’un service Cloud et sa dépendance à l’égard d’acteurs ou de technologies relevant d’une puissance étrangère, notamment des États-Unis. Jamais dans le cadre de solution Onpremise mais nous y reviendrons.

Le cas de Bleu est, à ce titre, particulièrement intéressant. L’entreprise, fondée par Capgemini et Orange, s’appuie sur les technologies Microsoft Azure et Microsoft 365, tout en ayant pour objectif de les exploiter dans un environnement français de confiance, avec une gouvernance, des infrastructures et des opérations destinées à offrir un niveau d’autonomie accru vis-à-vis de Microsoft.

Cette architecture soulève néanmoins une question fondamentale : jusqu’où peut aller l’autonomie opérationnelle lorsqu’une partie essentielle de la plateforme repose sur des technologies conçues et maintenues par un fournisseur américain ?

La promesse de Bleu repose précisément sur cette recherche d’équilibre. D’un côté, la plateforme vise à renforcer la souveraineté opérationnelle et juridique, notamment en réduisant l’exposition aux risques liés aux législations extraterritoriales. De l’autre, elle conserve par nature une forme de dépendance technologique à l’égard de Microsoft puisque les services proposés reposent, pour une large part, sur ses technologies.

Il convient donc de distinguer deux notions qui sont parfois confondues : la souveraineté de l’exploitation d’un service et l’indépendance technologique totale vis-à-vis de son éditeur d’origine. Les deux ne sont pas équivalentes.

Imaginons un scénario dans lequel, pour des raisons politiques, réglementaires, commerciales ou géopolitiques, Microsoft décidait, ou était légalement contraint, de limiter ou de cesser sa coopération avec BleuCloud.

La véritable question ne serait alors pas uniquement de savoir si Microsoft peut « éteindre » Bleu à distance. Elle serait surtout de déterminer pendant combien de temps Bleu pourrait continuer à exploiter ses services de manière autonome, et dans quelles conditions, si Microsoft ne fournissait plus certains composants indispensables à leur évolution : mises à jour logicielles, correctifs de sécurité, nouvelles versions, support technique ou éléments nécessaires au maintien de certaines technologies Microsoft.

je vous rassure tout de suite, je n’ai pas la réponse à cette question

Kill Switch et le Onpremise : On en parle ?

Ce qui peut sembler étonnant, c’est que ces interrogations autour de la dépendance technologique et du fameux Kill Switch émergent presque systématiquement dès que l’on évoque Bleu et le Cloud de confiance, alors que des problématiques finalement assez similaires existent depuis longtemps dans les environnements on-premises.

Prenons l’exemple d’une entreprise qui exploite son propre Active Directory, des serveurs Windows et Exchange Server SE dans ses datacenters.

À première vue, l’entreprise dispose d’une maîtrise importante de son infrastructure : les serveurs lui appartiennent, les données sont hébergées dans ses datacenters et l’exploitation quotidienne ne dépend pas directement d’un service Cloud.

Mais cette autonomie signifie-t-elle pour autant une véritable indépendance vis-à-vis de Microsoft ? Pas sur 😉

Même entièrement exploitée on-premises, une infrastructure Microsoft reste dépendante de son éditeur pour bénéficier des mises à jour de sécurité, correctifs logiciels, évolutions fonctionnelles, signatures et mécanismes de sécurité, documentation technique et support nécessaires à son maintien dans des conditions satisfaisantes de sécurité et de fiabilité. La question pourrait donc être posée exactement dans les mêmes termes :

Combien de temps une entreprise pourrait-elle continuer à exploiter durablement Active Directory, Windows Server ou Exchange Server SE si Microsoft cessait totalement de fournir des mises à jour de sécurité, des correctifs et du support ?

Autrement dit, voir émerger presque systématiquement la notion de « Kill Switch » dès que l’on aborde le Cloud et la souveraineté numérique peut prêter à sourire.

Pendant des décennies, une très large part des entreprises françaises a construit son système d’information autour de technologies Microsoft, qu’il s’agisse d’Active Directory, Windows Server, Exchange Server, SQL Server ou de nombreuses autres briques essentielles, sans que cette dépendance technologique soit systématiquement présentée sous l’angle d’un éventuel « bouton rouge ».

Donc oui ce risque Kill switch existe mais nous avons vécu et nous continuons à vivre avec depuis plus de 30 ans 😉

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